Écho de l'Afrique

INTERNATIONAL | Hôpitaux bombardés, viols et famine : Le Soudan du Sud atteint un point de rupture alarmant

Grand Angle Afrique : Le Soudan du Sud s'enfonce dans l'abîme. Dans un rapport au titre glaçant publié ce mardi 19 mai 2026, « Ils les ont tués pendant que nous courions », l’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) dresse le bilan d’un embrasement humanitaire sans précédent. Entre viols de masse, instrumentalisation de l'aide alimentaire et bombardements délibérés d'hôpitaux, le pays traverse l'une des crises les plus violentes de sa jeune histoire.

evitv | 21/05/2026 à 22:15 | 5 min de lecture | 377 vues | 0 commentaires
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INTERNATIONAL | Hôpitaux bombardés, viols et famine : Le Soudan du Sud atteint un point de rupture alarmant

Depuis le début de l'année 2025, les combats ont franchi un palier de violence critique à travers le territoire sud-soudanais. Le conflit, loin d'être une simple rivalité bipartite, oppose les forces gouvernementales (SSPDF) et leurs alliés – dont l’armée ougandaise (UPDF) – à une coalition morcelée de groupes d'opposition (SPLA-IO, Front du salut national, Armée blanche Nuer). Cette guerre multipartite, fracturée le long des lignes ethniques et régionales, prend désormais les civils pour cibles directes.

 

Une explosion des frappes aériennes et des blessures de guerre

Les données statistiques recueillies par MSF mettent en lumière une accélération terrifiante des hostilités. L'indicateur le plus frappant reste l'usage de l'arme aérienne : le pays a essuyé 138 frappes aériennes au cours de l'année 2025, contre seulement deux en 2024.

Cette campagne de bombardements et d'attaques au sol se traduit par un afflux continu de blessés dans les structures médicales : 6 095 personnes ont été prises en charge par MSF pour des blessures liées à la violence en 2025 (contre 4 765 en 2024).

Les admissions pour blessures par balle ont bondi de 77 % en un an.

Pour les seuls quatre premiers mois de l'année 2026 (janvier à avril), plus de 1 800 blessés de guerre ont déjà été traités, démontrant une aggravation constante de la situation.

« Les localités et les villages peuplés sont frappés, ce qui entraîne des pertes civiles, des déplacements massifs et la destruction des infrastructures », s'alarme Zakaria Mwatia, chef de mission de MSF au Soudan du Sud.

 

L'horreur des violences sexuelles comme arme de guerre

Au milieu de ce chaos, les femmes et les enfants paient le tribut le plus lourd. Le viol est massivement utilisé par les différents acteurs armés pour terroriser les populations. Rien qu'entre janvier et avril 2026, MSF indique avoir pris en charge 885 survivants de violences sexuelles et sexistes.

Le rapport cite le cas tragique d'une jeune fille soignée à l'hôpital civil de Yei (Équatoria-Central) en mars 2026. Victime d'un viol collectif par un groupe d'hommes armés un vendredi, elle a été raccompagnée par sa grand-mère dans son village, jugé plus sûr. Le lundi suivant, alors qu'elle ramassait du bois, elle a de nouveau été violée par un autre homme en armes, avant de revenir à la clinique le mardi. Ce calvaire illustre l'insécurité totale qui paralyse le quotidien des femmes sud-soudanaises.

 

Le système de santé délibérément pris pour cible

Fait plus grave encore au regard du droit international humanitaire : la médecine de guerre est elle-même assiégée. Entre janvier 2025 et avril 2026, l'ONG a recensé 12 attaques directes contre son personnel et ses structures, privant environ 762 000 personnes d'un accès vital aux soins.

Les forces gouvernementales sont explicitement pointées du doigt pour avoir délibérément bombardé l'hôpital soutenu par MSF à Old Fangak en mai 2025, puis celui de Lankien en février 2026. Parallèlement, les centres de santé d'Ulang, Pieri et Akobo ont été systématiquement pillés par des assaillants armés.

L'aide humanitaire prise en otage

Au-delà des bombes, c'est une arme plus silencieuse qui menace des millions de vies : la faim. MSF dénonce une « instrumentalisation de l'aide » par toutes les parties au conflit, qui tentent de forcer le déplacement des convois humanitaires à des fins politiques ou militaires.

En bloquant l'accès aux zones contrôlées par l'opposition (notamment dans les États de Jonglei et du Nil Supérieur), les belligérants privent des communautés entières de ressources nutritionnelles essentielles. Face à ce blocus, des milliers de déplacés entament de longs périples à pied, sans eau ni nourriture, aggravant les taux de malnutrition et propageant les maladies épidémiques.

Face à ce point de rupture, MSF rappelle d'urgence le gouvernement et les forces d'opposition à leurs obligations internationales : les civils et les structures de santé ne doivent en aucun cas être des cibles militaires. Le Soudan du Sud se meurt à huis clos ; sans un sursaut diplomatique et un accès humanitaire sans entrave, le pays s'apprête à vivre un désastre absolu.

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